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LYON CONFLUENCE

NOUVEAU QUARTIER ou JUXTAPOSITION D’OPERATIONS IMMOBILIERES

Les réactions du « GROUPE ECHANGES ET REFLEXION » des ARCHITECTES HONORAIRES RHONE-ALPES, devant ce projet très important pour notre ville, ne sont pas suscitées par une critique négative d’une opération qui a le mérite de démarrer sur un site encore rempli d’interrogation sur de nombreux points importants pour le devenir de ce quartier, dont la vocation essentielle est le prolongement du centre-ville.
Mais, suite à la concertation entre ses membres, il est apparu nécessaire d’exprimer certaines réserves touchant surtout à l’urbanisme envisagé, et dont les premiers projets soulignent les faiblesses.

Il manque une volonté urbanistique et architecturale indispensable pour créer le centre de ce nouveau quartier qui aurait mérité la création d’un nouvel arrondissement avec sa mairie, sa place continuant le rythme des places du centre, son quartier d’affaires et ses commerces. La paroisse avec l’église Sainte-Blandine existe déjà. Une vie de quartier ne se crée pas avec un centre de loisirs et un petit plan d’eau, un peu ridicule à proximité du Rhône et de la Saône. Le « derrière les voûtes » ne sera jamais le prolongement du 2e arrondissement. La densité relativement faible reflète un manque de dynamisme inquiétant pour l’avenir de notre ville, quand on voit le développement des grandes métropoles européennes, (sans même penser à la comparaison avec les villes asiatiques), comme Londres, Barcelone ou Berlin. Pourquoi admettre la construction d’une nouvelle tour à la Part-Dieu, et rester si modeste sur ce plan au Confluent, alors que certains avaient imaginé que la pointe de la presqu’île se prêtait bien à l’implantation d’un signal fort pour marquer l’entrée Sud de Lyon ?

Le problème des accès à ce site remarquable de 150 hectares reste un problème non résolu, avec la coupure des voûtes de la gare de Perrache, apparemment sans proposition de solution, la présence de l’autoroute et l’absence de pont pour relier l’autre rive du Rhône qui aurait pu, peut-être elle aussi, devenir un nouvel arrondissement. La desserte interne par le nouveau tramway oblitérant considérablement le cours Charlemagne en réduisant la circulation automobile indispensable pour la vie d’un quartier devant accueillir dans le futur 50.000 personnes peut-être. Le surcoût du prolongement logique du métro est certainement minime par rapport aux avantages apportés (suppression de la rupture, rapidité, libération du sol) et en face de la masse financière énorme engagée sur la totalité de l’opération.

L’examen des premiers îlots, conçus par des architectes de renom, et d’une qualité individuelle incontestable, nous a interpellés par leur diversité volumétrique et la différence d’échelle entre eux, ce qui crée un effet chaotique préjudiciable à une vision globale de ce qui veut être le centre de ce nouveau quartier. Il manque une « ordonnance » à ces façades qui se veulent variées, mais qui font perdre l’unité de la composition urbaine qui caractérise Lyon et qui a été l’élément de jugement primordial pour son classement au Patrimoine Mondial de l’Humanité. On peut regretter qu’une « coordination forte » n’est pas permis, comme à la Z.A.C de Bercy à Paris, de donner à chaque architecte libre cours à sa propre créativité, tout en assurant une unité par la maîtrise des volumes et des détails communs.

Certains prônent la diversité, probablement due d’ailleurs, à la manière dont ont été choisis les promoteurs et non les architectes, mais l’option de s’inspirer des autres grandes agglomérations comme Barcelone, ville marquée par l’exubérance des réalisations de Gaudi et par l’esprit catalan, est fallacieuse, car inadaptée aux caractéristiques de notre ville, qui sont la discrétion, le sérieux, le rationnel, et dont l’architecture, connue dans le monde entier, a été inspirée par Soufflot ou Tony Garnier.

Le siècle dernier a vu naître des réalisations marquantes, comme les Gratte-Ciel à Villeurbanne, le Centre Directionnel de la Part-Dieu, la Cité Internationale des bords du Rhône, peut-être critiquable sur certains points, mais qui ont eu le mérite d’être novatrices et de donner à Lyon une vocation internationale. Le projet de Lyon – Confluence nous paraît trop modeste et manqué d’ambition à une époque où le développement des villes est inéluctable, ne serait-ce que par la poussée démographique.
La densité relativement faible prévue actuellement va encore amener à sur densifier la grande banlieue avec les problèmes non résolus de circulation et de desserte.

L’intégration de ce nouveau quartier au centre-ville est soumise aux solutions qui seront apportées pour diminuer, voire supprimer la coupure existante engendrée par le Centre d’Echange de Perrache et la gare SNCF. Contrairement aux idées émises, nous pensons qu’il est irréaliste d’envisager leur disparition, compte tenu des problèmes techniques et des services rendus indispensables au fonctionnement des transports urbains et régionaux.
Par contre, il serait intéressant d’étudier son extension éventuelle, pour augmenter ses possibilités d’échange et en faire un pôle de répartition des circulations à l’entrée de Lyon. Des solutions nouvelles pourraient probablement être envisagées pour désenclaver le nouveau quartier.

1 Commentaire

  1. 3 janvier 2017 at 21 h 33 min — Répondre

    Bravo, un article vraiment de qualité.

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Eugene Gachon

Eugene Gachon

Président de l'association Architecture et Urbanisme, architecte DPLG.