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L’eurométropole de Lyon : rêve ou réalité ?

La nouvelle “métropole de Lyon” n’a pas le niveau européen.
Créée par la loi de décentralisation de décembre 2013, cette nouvelle collectivité territoriale, qui se substituera début 2015 à la communauté urbaine du Grand Lyon et au département du Rhône, ne permet pas à Lyon, loin s’en faut, d’atteindre la dimension européenne pour rivaliser avec Barcelone, Milan, Munich, Francfort ou Manchester, contrairement à ce qu’affirme Gérard Collomb.
La taille critique européenne est de l’ordre de 3 millions d’habitants, Barcelone ou Milan étant même plus proches de 5 millions.

Seules quelques grandes métropoles en Europe n’ont pas plus de 2 millions d’habitants, mais elles sont des capitales politiques comme Stockholm, Copenhague, Dublin ou Amsterdam, ou de grandes places financières comme Zurich ou Genève (par ailleurs, grand centre diplomatique international). Ce n’est pas le cas de Lyon, qui a un profil plutôt moyen et généraliste (malgré ses pôles de compétitivité).

Si la taille démographique n’est pas un objectif en soi. elle traduit néanmoins en Europe un potentiel et une capacité d’action. C’est une condition nécessaire. Il faut bien sûr, par ailleurs, de grandes fonctions métropolitaines, une bonne accessibilité, un aéroport international, un cadre de vie de qualité et une capacité à s’inscrire dans toutes sortes de réseaux, afin d’attirer les talents et les investisseurs, développer les centres de décision, les organismes de recherche, les entreprises innovantes, les salons, les congrès…
Or, cette nouvelle “métropole de Lyon” reste strictement dans les limites du périmètre actuel du Grand Lyon, avec ses 1 300 000 habitants, sans même intégrer à cette occasion le pôle multimodal de Saint-Exupéry, faute stratégique grave. Et la fusion des compétences de la communauté urbaine et du département du Rhône sur ce périmètre limité n’ajoute rien au potentiel lyonnais (ni en superficie, ni en population, ni en ressources fiscales, ni en richesse économique). Dans cette configuration, Lyon ne peut donc pas être une métro Dole de niveau européen.téléchargement (1)

Selon la Datar, au vu d’un ensemble de critères métropolitains, Lyon n’est pas aujourd’hui dans le peloton de tête des 25 premières métropoles européennes mais dans un deuxième groupe d’une trentaine de “métropoles moyennes”, dans lequel on trouve également Marseille ou Toulouse.
Même à l’horizon 2040, selon l’Insee, la “métropole de Lyon” ne gagnera que 200 000 habitants, pour atteindre 1 500 000 habitants, donc très loin de la taille critique européenne, et heureusement, Lyon n’ayant pas intérêt à rechercher l’hyper concentration. Pour atteindre les 3 millions d’habitants, Lyon n’a donc pas d’autre solution que de changer d’échelle en organisant des partenariats et des alliances avec ses voisins !

La nouvelle “métropole de Lyon’ vise un objectif principalement financier, difficile à atteindre, mais
constituant un enjeu majeur. 
Outre la recherche d’une plus grande efficacité des politiques publiques, tout à fait pertinente. notamment en matière sociale, cette nouvelle collectivité territoriale a principalement un objectif financier : la recherche d’économies. La suppression d’un échelon peut en effet permettre de réaliser des économies, mais sous réserve d’une réorganisation drastique des services de la communauté urbaine et du département, difficile à mettre en œuvre. Par ailleurs, un nouveau département du Rhône est créé pour la partie résiduelle hors
métropole, avec ses prérogatives, ses effectifs, ses coûts de fonctionnement. Au final, cette réforme institutionnelle devrait engendrer plus de coûts que d’économies.
Si I’on avait vraiment voulu que la “métropole de Lyon” permette de faire les économies espérées, il aurait fallu supprimer le département du Rhône et créer la nouvelle métropole sur l’ensemble départemental ou. au moins, sur le périmètre du schéma de cohérence territoriale (avec l’espace de Saint-Exupéry), l’Ouest lyonnais étant alors rattaché au département de la Loire.
Après répartition du budget départemental actuel et compensation, les quelque 3,5 milliards d’euros du budget annuel de la nouvelle métropole seront probablement trop justes pour faire face dans le temps à la charge des nouvelles compétences, notamment sociales (sans oublier le musée des Confluences)a, lors que les quelques 7 00 millions d’euros annuels d’un nouveau département du Rhône seront vraisemblablement plus confortables.

Quoi qu’il en soit, cette réforme ayant été ainsi validée par la loi, le choix n’est plus possible. Ce double objectif de recherche d’efficacité et d’économies constitue donc désormais un enjeu majeur pour la “métropole de Lyon”.

 

Article de Bernard Constantin Membre de l’association “URBANISME et ARCHITECTURE”
Publié le 04/02/2014  : Lire la suite sur www.lyoncapitale.fr

1 Commentaire

  1. 4 février 2014 at 12 h 01 min — Répondre

    C’est vrai que ce petit morceau de département tout seul, cela fait bizarre… Et le nord du département, vous en faîtes quoi ? Rattaché à la Saône & Loire ?

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Bernard Constantin

Bernard Constantin

Ancien responsable de l’aménagement du territoire à la préfecture de région (Sgar), prônant un élargissement de la vision territoriale.