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La Ville du Futur

Lyon, capitale des « occasions perdues » va-t-elle confirmer sa réputation ?
Le dossier paru dans le numéro 675 de la revue Lyon Capitale, concernant le futur paysage de Lyon, a particulièrement retenu notre attention car il conforte les avis, voire les inquiétudes de notre association, constituée d’urbanistes et d’architectes ayant exercé la majeure partie de leur activité professionnelle en région lyonnaise.

L’entretien avec Bernard Constantin, considéré comme un spécialiste de la « métropolisation » lyonnaise, nous a particulièrement interpellés ; son analyse des grands projets de Lyon et plus particulièrement de Confluence, rejoint nos inquiétudes sur le manque d’ambition des objectifs et des solutions proposées. En effet, les réalisations ou les projets de Marseille, Lille, Barcelone, Milan, Francfort, Munich, Manchester ou Hambourg (élue ville verte 2011), ne manquent pas d’ambition et dynamiseront les activités économiques et culturelles de leur région ; ce n’est pas encore le cas à Lyon, peut-être par manque d’une prospective de grande envergure.

LYON CONFLUENCE :

Ce projet qui a pour ambition de doubler la presqu’île nous semble manquer d’envergure : à l’inverse de ce que l’on constate ailleurs, ce projet urbain n’est pas le résultat d’une volonté affirmée de composition urbaine de notre temps. Nous regrettons, en particulier, l’abandon du rythme des places (caractéristique du centre), l’absence de plans de déplacement, la limitation des hauteurs de bâtiments empêchant la création d’une silhouette signifiante sur ce site hors de l’ordinaire en entrée de ville.
L’occasion se présentait de proposer un nouveau concept de ville, une ville plus dense mais plus aérée, plus vivante mais plus équilibrée, remplissant les fonctions majeures qu’elle doit assurer au service des citoyens en tentant d’éviter les excès pervers constatés dans certaines mégalopoles, sans pourtant se contenter d’étendre la morphologie du quartier d’Ainay conçu au XVIIIe siècle.
Dans l’entretien avec Gérard Collomb, ce dernier reconnaît qu’il n’est pas totalement satisfait, et que des consultations sont en cours. Nous souhaitons que les nouvelles propositions soient plus ambitieuses et que les décisions politiques soient prises pour qu’elles puissent se concrétiser.

Quatre points importants demeurent en attente d’une réponse cohérente :

  • une solution largement pensée pour s’affranchir du « verrou » de Perrache
  • une décision sur l’emprise des prisons Saint-Paul Saint-Joseph
  • une proposition d’un véritable projet urbain d’envergure sur les terrains du Marché-gare
  • une réflexion sur la reconquête des rives du Rhône et de la Saône

PERRACHE :

Il nous paraît indispensable d’assurer les liaisons correctes (en particulier piétonnes) entre la place Carnot et le cours Charlemagne. L’enjeu est essentiel pour la réussite de Lyon Confluence, et des solutions existent avec la création d’un jardin permettant un accès direct à la gare, la mise en valeur de l’Hôtel Château Perrache, la création de commerces, de parkings publics et privés, de locaux pour l’extension des services S.N.C.F.. Les retombées économiques engendrées devraient être telles que le financement de ces équipements paraît assuré.

LES PRISONS : L’utilisation des trois hectares qu’occupent actuellement les prisons suscite de nombreuses interrogations. Sans sous-estimer leur intérêt historique et architectural (originalité du Plan Louvier mais pauvreté des façades de Louis-Pierre Baltard), l’examen des plans montre que leur utilisation dans l’état actuel est illusoire et que toute modification importante, outre le coût financier induit, n’aura pour effet que de les dénaturer.

La valeur du site, d’une surface équivalant celle de la place Carnot, à proximité immédiate du pôle multimodal de Perrache et en vue directe sur le Rhône, appelle une grande étude urbanistique ayant pour objectif de dynamiser ce secteur qui est le cœur même du 2e arrondissement. Le périmètre de réflexion devrait, de notre point de vue, être étendu jusqu’à la Saône, pour inclure les terrains du garage de Bus, afin d’assurer la valorisation (demandée par la population) de cet espace qui mérite mieux que la conservation de bâtiments sans grand intérêt architectural.

LE MARCHE-GARE : Le départ du marché-gare est une opportunité foncière exceptionnelle : la ville de Lyon va disposer d’un terrain de 70 hectares en centre-ville. Cet atout ne doit pas être gaspillé par carence d’esprit de prospective et d’imagination. L’impact visuel de cet élément capital du projet urbain doit en effet participer à la construction de l’image de la Métropole lyonnaise : il faut, à l’entrée de la ville, proposer un paysage urbain et une silhouette en résonnance avec les tours de la Part-Dieu, composés avec des immeubles de grande hauteur et de larges espaces libres.

LES RIVES DU RHONE ET DE LA SAONE :

Leur reconquête doit également être un objectif prioritaire, en refusant d’attendre l’hypothétique contournement ouest ou la suppression de l’axe Nord-Sud qui assure les liaisons urbaines. L’intérêt discutable de la conservation des bâtiments industriels peu signifiants sur les Docks mériterait également d’être examiné.

L’engagement personnel de Gérard Collomb pour la réussite du projet de Lyon Confluence nous incite à penser que devant la complexité des décisions à prendre, le choix des conseillers à la mesure du défi est primordial. Les décisions à prendre pour la deuxième phase vont déterminer de manière quasi définitive le paysage urbain de ce secteur de notre ville et son image sur le plan international ; ce n’est pas l’intervention médiatique et ponctuelle de quelques « stars » de l’architecture qui assurera la qualité de l’extension de notre centre historique, ni l’application souhaitable mais non essentielle des normes de Haute Qualité Environnementale pour les bâtiments.

Le pouvoir politique doit s’appuyer sur l’excellence « d’hommes de l’art » chargés de « penser » le futur avec une complète liberté d’esprit, en dehors de toute contrainte, uniquement guidés par la réussite globale du projet, et non par celle d’opérations ponctuelles.
On ne peut s’empêcher de penser aux équipes Edouard Herriot – Tony Garnier ou Lazare Goujoun – Môrice Leroux, qui ont réalisé en leur temps les œuvres majeures du paysage de l’agglomération lyonnaise, sans oublier Vaïsse – René Dardel, Perrache et Morand, qui n’ont pas hésité entre la conservation de l’ancien et les exigences d’une modernité toujours en mouvement.

La prospective dans l’évolution de l’Urbanisme et de l’Architecture exige un pouvoir visionnaire et de synthèse pour créer un environnement social, économique et culturel susceptible d’assurer dans le futur la qualité de vie de tous les citoyens.

Pour cette ambition, nous rejoignons la définition de l’architecte donnée par Jean Nouvel :
« L’architecte est celui qui répond à des questions que personne n’a eu l’idée de se poser »

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