Nos analyses

COURRIER AUX ELUS SUR LA PART-DIEU

Courrier du 18 Septembre 2016 adressé à Monsieur Gérard COLLOMB,
Président de la Métropole de Lyon:

Notre Association s’est depuis longtemps intéressée aux grands projets d’urbanisme et d’architecture de l’agglomération Lyonnaise et nous vous avons fait part plusieurs fois de nos avis sur différents sujets tels que la liaison Carnot Charlemagne, Confluence, les Prisons et dernièrement la Part-Dieu.

Ayant participé à la réalisation de la gare actuelle sous la direction de Charles Delfante et Michel Macary, et sous l’autorité de Charles Béraudier, Bernard Rivalta et Georges Vauzeilles, je me permets, en tant que Président de cette association de vous faire part de notre profonde inquiétude sur certaines orientations actuelles du projet.

Nous tenons à vous préciser que nous sommes très conscients de la nécessité de résoudre les problèmes de saturation de la Gare et du besoin de restructurer le quartier pour le développement du tertiaire à Lyon et la valorisation de son image européenne.

Nous avons rencontré plusieurs fois les responsables de la Mission Part-Dieu,
Ludovic Boyron, l’architecte en chef, les responsables de la S.N.C.F. (Mme Gonnet, F. Longchamp, Mme Sigros), M. Le Faou, M. Philip Maire du 3 éme arrondissement, son adjointe Mme Panassier, Mme Frih, Mme Comparini, M. Millet de la C.C.I.L., M. Dimier rapporteur Voie L, mais si nos remarques sont écoutées avec attention, elles ne débouchent sur aucune modification du projet.

La concertation nous apparaît inefficace. Notre représentant officiel au Comité Permanent d’Information et de Participation, Denis Gayet, nous confirme l’absence de prise en compte des remarques faites au cours de ces réunions, ce qui est confirmé par la majorité des autres associations participant à ce Comité et avec qui nous avons de nombreux contacts.

Dans le cadre de la procédure réglementaire, nous vous avons déjà alerté le 5 Février 2016, mais malheureusement aucune réponse n’a été faite sur nos propositions. Plus grave, aucune étude alternative n’a été engagée pour confirmer ou infirmer le projet actuel.

Devant cette situation, vous comprendrez un certain désarroi de notre part, devant l’impossibilité de dialoguer avec la collectivité. Nos propositions et les motivations de notre association, faut-il le rappeler, ne sont guidées par aucun intérêt personnel, professionnel ou partisan, mais basées sur la conviction que la qualité architecturale est un gage de réussite réelle, et doit être indépendante des « modes » actuelles et passagères.

Nous nous interrogeons donc sur la réalité de la volonté politique de considérer la participation citoyenne comme moyen garantissant le plus large partage des décisions déterminantes pour l’avenir de l’agglomération.

Nous vous prions d’excuser notre insistance à faire prendre en compte ces remarques qui se veulent constructives, avec une vision globale et prospective du futur quartier de la Part-Dieu qui est, et doit rester, un atout majeur pour le développement et la réputation de notre ville, face au développement ultra-rapide des capitales économiques européennes, mais ce, sans aliéner ce qui fait le charme et l’intérêt de notre capitale régionale.

Nous sommes convaincus que nos réflexions retiendront votre attention, et qu’un débat serein et constructif pourra s’engager avant que des décisions définitives ne soient prises.

Malheureusement, ces dernières années nous ont montré que certaines occasions perdues pèsent lourds dans la vie quotidienne des Lyonnais et sur l’image de notre ville. La non-réalisation du contournement Ouest et le non-prolongement du métro à Confluence sont deux exemples significatifs démontrant les limites de notre capacité prospective à assurer le rayonnement de l’Agglomération Lyonnaise.

Devant l’évolution de la complexité des problèmes d’aménagement et d’urbanisme, et la limite des investissements possibles, il nous apparaît nécessaire que les études soient suffisamment approfondies et que des alternatives soient également étudiées, pour décider des bons choix, garants de l’intérêt général et approuvés par l’ensemble des habitants.

Comptant sur votre compréhension des raisons de notre démarche, nous vous joignons un document explicitant nos réactions sur le projet actuel, et restons à votre disposition pour échanger directement avec vous nos points de vue.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à notre respectueuse considération.

Le Président : Eugène GACHON


REFLEXIONS SUR LE PROJET « REINVENTER LA PART-DIEU »

Notre association regroupe des professionnels de l’Urbanisme et de l’Architecture, exerçant ou ayant exercé des fonctions dans le cadre de l’aménagement urbain, et qui s’intéressent aux grands projets en cours d’études dans la Région. Ils pensent pouvoir apporter, grâce à leur expérience, des réflexions et des propositions sur les grandes orientations envisagées, afin de participer, avec les décideurs politiques et techniques, aux meilleurs choix permettant d’assurer la qualité de vie des habitants.

Depuis 2002, l’Association est intervenue sur les grands projets en cours, comme
CONFLUENCE, PERRACHE, LES PRISONS et la PART-DIEU, objet des réflexions suivantes.

1/ DESENCLAVER LA PART-DIEU :

Le quartier dans son ensemble souffre d’un manque de lisibilité et de fonctionnalité pour permettre des accès faciles aux grands équipements de la Part-Dieu, notamment la Gare, le Centre Commercial, la Bibliothèque, l’Auditorium, et les Bureaux, quel que soit le mode de déplacement.

Si le quartier de la Part-Dieu peut être considéré comme une réussite économique du secteur tertiaire et commercial, en synergie avec la Gare, il apparait cependant que sa conception initiale souffre d’un réel isolement par rapport au centre-ville tant sur le plan piéton qu’automobile. Par exemple, comment un voyageur non-lyonnais arrivant à la Gare fait-il pour rejoindre à pied le centre Presqu’île ?

Nous proposons que la rue BOUCHUT soit, avec son percement jusqu’à Vivier MERLE, une « agrafe » urbaine avec le quartier environnant, composée d’immeubles équipés de socles actifs, semblables à la forme urbaine du quartier des Brotteaux. Une telle proposition permettrait d’assurer une liaison piétonne sécurisée entre le quartier de la Part-Dieu et la Presqu’île, via la rue Garibaldi rénovée.

La proposition actuelle sur BONNEL est sans commune mesure avec les besoins fonctionnels et ne crée pas une perspective urbaine s’ouvrant sur le Centre Historique. L’aménagement de la rue BOUCHUT est la seule opportunité à exploiter, pour répondre à cet objectif de désenclavement du quartier.

Au moment où Only-Lyon reconnait que « la ville est l’une des plus attractives pour le tourisme de courte durée », il est dommage également que rien ne soit prévu pour améliorer la liaison piétonne par le Cours Lafayette et la rue de Bonnel, les trottoirs actuels étant bien insuffisants en terme de capacité et d’attractivité, pour répondre à ce besoin essentiel pour l’harmonie urbanistique de la ville.
De même, la suppression de deux voies de circulation automobile sous POMPIDOU est en contradiction formelle avec l’augmentation du trafic ferroviaire et automobile liée au développement du quartier. Un tel aménagement présente, à l’évidence, un risque de congestion supplémentaire de la circulation, aggravant encore les conditions d’accès à la Gare et la lisibilité urbaine que l’on doit assurer à un tel équipement structurant.

Il est très dommageable qu’aucune autre alternative n’ait été proposée dans le cadre de la concertation, ni qu’aucune étude urbaine prospective n’ait été réalisée sur la trame des voiries, comme par exemple le prolongement de l’ex-Boulevard de l’Europe jusqu’à Berthelot, afin d’améliorer l’accès à la Gare, surtout pour les non-lyonnais.

2/ LE PROJET DE LA GARE :

L’aménagement de la Gare doit être une opportunité pour concevoir un véritable Pôle d’Echange Multimodal, moderne, fonctionnel et confortable. Il faut réduire les distances entre les accès aux tramways, à Rhône-Express, au métro, aux parkings et à la Gare, afin d’apporter aux utilisateurs un gain de temps et de confort. Par exemple, comment un voyageur non lyonnais rejoint-il la station Rhône-Express depuis la station de Métro du Centre Commercial ?

De même la couverture des quais n’étant pas envisagée, aucun confort nouveau n’est apporté aux voyageurs (pas de protection contre les intempéries, ni de système mécanique pour les liaisons entre moyens de transport)

Comme les aéroports, la gare est un équipement symbolique qui participe à l’image d’une ville. Dans toutes les grandes villes du monde, les gares constituent un repère à la fois architectural et social, comme lieu de rencontre et d’échanges. A ce titre Lyon jouit d’expériences intéressantes comme la gare des Brotteaux et plus récemment celle de Saint Exupéry. Pourquoi la Gare de la Part-Dieu échapperait-elle à cette fonction urbaine ?

La démolition de la Gare actuelle, la création d’un troisième accès sous Pompidou, la non-couverture des quais, ne concourent pas à créer un repère architectural à la hauteur des ambitions d’un équipement aussi important pour Lyon.

De plus, la proximité de la tour « TWO LYON » et des autres projets envisagés sur la
Place de Milan, ne va pas améliorer la symbolique de la gare dont l’architecture devrait être
emblématique.

3/ LES BÂTIMENTS DE GRANDE HAUTEUR :

Le développement du tertiaire de la Part-Dieu n’est pas lié à la construction d’immeubles de grande hauteur. L’intérêt économique de telles constructions n’est toujours pas démontré et les dernières réalisations sont surtout occupées par des sociétés à caractère public ou parapublic (S.N.C.F., E.D.F., Caisse d’Epargne), déjà implantées à Lyon.

En effet, compte-tenu du nombre d’I.G.H. prévu, la densité de bureaux devrait être revue à la baisse pour privilégier l’implantation de logements indispensables à la vie normale d’un quartier central de la ville, de jour comme de nuit, en semaine comme en week-end.

Par contre des sites devraient être aménagés en périphérie proche, pour l’accueil de « campus d’entreprises », formes nouvelle d’implantation de caractère horizontal, de sièges d’entreprises, favorisant le décloisonnement des services et le développement des interactions entre eux ainsi qu’entre les collaborateurs. Des exemples convaincants en sont donnés en Californie, en Allemagne, en région parisienne notamment.

Par ailleurs, nous sommes persuadés de la nécessité d’une étude préalable du grand paysage lyonnais, unique avec ses deux collines et ses deux fleuves, son architecture et son épannelage horizontal, avant d’engager de nouvelles réalisations d’I.G.H.

Nous pensons que Lyon a ses particularités, reconnues par son classement à l’U.N.E.S.C.O., et mérite une réponse spécifique pour éviter une banalisation architecturale et paysagère d’inspiration internationale, exprimant une impression de « déjà vu ».

L’exemple récent de la tour « IN CITY », (106 ème et dernière dans le classement des tours de 200 mètres et plus, construites dans le monde au cours de l’année 2015), par son architecture dite « high-tech » et son implantation inattendue, apporte, par sa banalité, la preuve de la nécessité d’avoir une autre approche du paysage urbain lyonnais.

A ce sujet, nous avons fait part récemment à M. BOYRON, Directeur de la S.P.L. Lyon Part-Dieu, de notre souhait que soit établi un Cahier des Charges Architecturale et Programmatique (comme par exemple, rendre les derniers étages et les rez-de-chaussée accessibles au grand public), afin de permettre l’organisation de concours d’architecture, comme imposé dans les Zones d’Aménagement Concerté.

Il nous semble illusoire et même négatif de vouloir copier certaines références-types de modernité, à l’instar de ce que font les pays émergents, mais au contraire de construire une vraie réponse locale, comme historiquement les villes les plus intéressantes du monde ont su le faire, ce qui n’est pas incompatible avec la hauteur des bâtiments dont l’implantation des plus hauts doit être étudiée avec une vue globale sur la silhouette de la ville.

De plus, une telle démarche engagée sur une réponse plus spécifique, tant sur le plan architectural que paysager, présenterait l’énorme intérêt de faire partager et porter un « projet de ville » par les habitants, les milieux économiques et les professionnels de la construction.
En conclusion, nous souhaitons vivement que, comme écrit dans les intentions du projet urbain, son ambition et ses règles soient partagés par les usagers, ses habitants et les associations qui consacrent beaucoup de temps à les étudier et à les imaginer dans leur future réalité.

SOYONS ENTHOUSIASTES ET IMAGINATIFS !

Le Comité de Rédaction

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Eugene Gachon

Eugene Gachon

Président de l'association Architecture et Urbanisme, architecte DPLG.